Elle dévalait la pente dans sa chaise roulante. La mer n’était pas loin du virage, la falaise entre les deux et entre le tout, le ciel, l’air, les oiseaux et les minuscules particules qu’on ne nomme plus, qu’on n’a même jamais nommées, et que chacun considère inconsciemment comme faisant partie intime de lui-même. Entre ces particules, il n’y avait rien. Certains ont tenté d’y jeter une jeune fille, la vingtaine à peine, et sa chaise roulante. D’autres n’ont rien essayé ; ils se sont tenus à l’écart, à regarder la scène sans rien dire. Les derniers, un nombre négligeable cependant, se sont lancés de la falaise à force cris, une sorte de combat éphémère au milieu des particules, des oiseaux, de l’air et du ciel.
À cent mètres de là, un chat regardait le tout d’un œil vert. Il ondulait de la queue et ses moustaches bougeaient légèrement sur le vent. Il s’est rapidement retourné pour reprendre sa route vers les quelques maisons abandonnées, dans l’espoir d’y tuer une souris. Il se demandait de quel groupe il aurait fait partie, s’il avait été humain. Voire s’il aurait pu être la jeune fille et sa chaise roulante. Il se demandait s’il aurait pu attraper une mouette au vol et se taper un repas de jours de fête. « Il se demandait », que je dis, et personne ne réagit pour me dire qu’un chat, ça ne se pose pas de question, que c’est un chat et puis basta !


