Un chat en espagne

fig. #37 Un chat en espagne

Un chat en espagne

Un chat en espagne

Efterklang - Scandinavian Love

On t’aura enterré comme ta mère. Dans un éclair de trompettes, sous un ciel vaguement gris, vaguement sourd. On t’aura déposé sans trop y regarder, sans trop pleurer. On t’aura déposé à l’image d’une dame à sa fenêtre, à éplucher des pipas jetées en rue. Nu sous ton suaire. Nu sous ta boîte. On t’aura enterré et c’est tout ce qui sera resté de toi sous terre.

Ta mère, Dieu aie son âme, fut enterrée à bâtons rompus, dans un village du nord de l’Espagne, connu des seuls Espagnols. Ta mère, au bon sourire de nonne, on l’a enterrée comme il lui était dû et c’est comme ça, aussi, qu’on t’a enterré toi, selon ses bons souhaits. Elle était tombée amoureuse dans sa tombe. Elle m’a soufflé son voeu alors que je mangeais un plat de nouilles préparé à la hâte, juste avant l’annonce de ton décès. Au souffle j’ai regardé par la fenêtre, la rue grise et vide. J’ai pensé à l’Espagne et aux chemins de traverse. J’ai pensé aux souvenirs de ta mère, ses bienfaits. Je lui ai dit d’accord et je suis parti t’enterrer.

Il n’y a eu personne à ton enterrement, contrairement à ta mère. On t’a enterré comme elle, mais sans elle, sans sa douloureuse clique dépendante.

Je t’ai enterré de mes mains en fredonnant des airs samis, dans un village du nord de l’Espagne. J’ai inventé les mots, les phrases. J’ai inventé les pierres que je retirais du trou façonné à ton image. J’ai inventé les nuages. Je t’ai mis sous terre en pleurant ta mère. Je t’ai déposé en terre, j’ai crissé les poings contre les parois du vide, je t’ai chaminé jusqu’au lit. Tu m’a slippé des bras, enfouis sous mousse. Tu m’as jeté ton regard d’en dirlon. Tu t’es mouché du linceul, jeté à nouveau aux escargots de passage. Je n’ai rien pu dire.

samedi 28 août 2010