Je lui ai dit qu’on y retournerait quand il ferait beau. Qu’on prendrait la voiture de ses parents et qu’on roulerait sans s’arrêter jusque-là. Que là, on sortirait nus de la voiture, on plongerait directement dans le lac pour en ressortir complètement crépus. Qu’on se ferait un barbec improvisé et puis dormir comme ça, dans la voiture, sur l’herbe ou ailleurs aux alentours. Je lui avais dit tout ça. Mais elle ne cessait de me répéter qu’entre temps, il avait déjà fait beau trois fois et que je n’avais pas bougé. Que je ne l’avais même pas appelée. Que je n’avais rien fait.
Qu’est-ce que je peux faire, moi ? J’ai aucune idée de pourquoi j’ai lâché tout ça. Le genre de plan foireux, style hippie romantique, mais qui fait souvent fondre les filles. En tout cas, elles s’en souviennent et puis le ramènent à la première occasion et on est obligé de se justifier. Je déteste ça, me justifier. À chaque fois, c’est pire que mieux et je m’enfonce dans rien. C’est mou, le rien. C’est mou et ça n’a pas d’odeur. Quand on en revient, on se sent con devant l’autre, bien dans soi-même, mais con devant l’autre et on ne sait plus quoi dire, évidemment, puisqu’on a rien en tête.
Alors aujourd’hui on a pris la voiture de son frère. On a roulé sans s’arrêter. Jusqu’au chêne, après le tournant, et on est mort sur le coup.
C’est con, en fait, parce que je l’aimais bien, son frère.



