C’est la Côte d’Ivoire qui menait le jeu. Les jambes de Daudet passait à travers les corps des autres danseurs échoués sur le sol. Ses petites tresses ferrées de bagues volaient ainsi. Sa démarche ivre se perdait dans l’air. Les autres semblaient morts, même si de temps à autre on pouvait entendre le souffle d’une respiration difficile. Daudet s’est ensuite tu et le groupe a repris sa force. Tout le monde s’est levé et est parti. Ne restait que Nestor. Elastique allongé aux jeans près serrés. Ses tresses à lui étaient plus longues, voire beaucoup plus longues. Elles ne volaient pas, elles flottaient littéralement, mais plus aucun corps n’était là pour le constater. La salle blanche seule aurait pu témoigner de sa légèreté, mais elle ne parlait pas. Les secrets d’une salle sont difficiles à percer. Et Nestor n’y tenait pas, pas plus que Daudet. Les autres jouaient les timides, apeurés des danses magiques. Les Rois de la salle n’étaient rien moins que deux Rois de jambes tressées et aux tresses entêtées. Peu importait, finalement, le nombre, pourvu que les Rois fussent présents. Et personne n’était plus le bien-entendu quand les Rois parlaient. Quand les Rois parlaient, les Rois parlaient de rêves qu’ils avaient faits, enfants. Ils évoquaient la possibilité de rêves mais sans jamais les décrire. Quand les Rois parlaient, seules les possibilités étaient émises. Les mises en marche, les guerres, les batailles livrées pour le peuple, pour soi-même et contre soi-même, les cris de guerre et les drapeaux levés, tout cela était tu et résonnait profond dans les pupilles des autres. Les Rois dansaient et c’était tout le Cirque qui criait. Vive les Rois ! Vive le Roi Daudet ! Vive le Roi Nestor ! Et pas un n’était inquiété puisque quand les Rois dansaient, les Rois dansaient et l’espace d’un saut, plus rien n’existait, sinon la danse des Rois, et les Rois dansant.
précédent : Chico Fellini - Hot
suivant : Blut Aus Nord - Chapter 1



